Julien Neel doit sa notoriété à sa très belle série "Lou", créée pour la revue Tchô, trois albums aujourd’hui paru chez Glénat. Il est aussi l’auteur de "Chaque chose", nouvelle autobiographique décalée, émouvante et sensible, parue dans la collection Bayou de Joann Sfar, aux éditions Gallimard. Présent à Angoulême, il a répondu sympathiquement à l’invitation du journal Sud Ouest : lors d’une séance de dédicaces au profit de l’association de lutte contre le Sida "Aides", il a consacré quelques instants à nos lecteurs et s’est prêté au jeu de la dédicace… filmée! Grâce au lecteur vidéo ci-dessous, suivez pas-à-pas la création du dessin ci-dessus!
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Après trois tomes de « Lou » (Glénat), son titre phare, Julien Neel était très attendu sur un autre registre. Celui qui disait colorer son trait « parce qu’il n’a rien d’exceptionnel » sait aujourd’hui faire fi de tout artifice. Il est passé par la case Gallimard, les pieds dans le Bayou de Joann Sfar, pour mettre en chantier un projet plus « adulte ». Les guillemets s’imposent pour ce dernier qualificatif, tant le lectorat de « Lou » est large, et la générosité du ton adopté par son auteur constante jusque dans ce nouveau titre. Julien Neel dédie à son père (évidemment) cet émouvant « Chaque chose », chronique des dits et non-dits entre un papa fraîchement séparé, contraint de ravaler sa fierté et d’accepter un job de « nounours » publicitaire, et son fils qui ne demande qu’à l’admirer.
Neel traite le duo avec cette tendresse qui semble être sa marque de fabrique. Il les flanque d’un compagnon chauffeur cascadeur, d’un cadre fleur bleue et d’une publicitaire enthousiaste. Et met en scène cette petite troupe dans le quotidien doux amer d’un "road movie" décalé. Une ligne narrative sonnant en écho d’une seconde, contemporaine, laquelle voit Julien retrouver les mêmes protagonistes auprès de son père malade. Julien Neel prête en effet ses traits et son prénom au personnage principal de « Chaque chose ». Jusqu’où va l’autobiographie ? Lui seul peut le dire. Son personnage le confesse à propos d’un premier jet devant un Gallimard fantasmé : « En fait, c’est romancé, vous savez » Quoi qu’il en soit, Julien Neel ausculte cette relation père-fils, qu’il met en relation avec la propre paternité de son personnage. Il descend au coeur des silences, fait parler les regards, offre une signification aux attitudes. L’auteur soigne particulièrement les transitions d’une époque à l’autre, qu’il travaille par analogies de situation, en douceur. Neel adapte son trait à ses besoins, sans pour autant trahir sa patte « Lou ». Il le fait évoluer dans un registre plus sombre, renonçant temporairement à l’encrage couleur, travaillant les hachures, inscrivant sa narration dans un cadre noir. Un parti pris qui contribue à la mise en place d’une ambiance mélancolique, douce-amère, malgré tout empreinte d’humour et de foi en l’avenir au-delà des doutes et des incertitudes. Et à la réalisation d’un moment précieux en bande dessinée.
Chronique de Philippe Belhache
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Troisième tome, troisième succès, tant populaire que critique. Cette nouvelle tranche de vie de l’adorable « Lou », imaginée et mise en images par Julien Neel, est entrée dans le classement des meilleures ventes Livres Hebdo-Ipsos. Et se maintient en troisième semaine dans le « top 5 », derrière « Les naufragés d’Ithaq » (Soleil), les « Blagues de Toto » (Delcourt) et le dernier tome de la saga SF de Denis Bajram, « Universal War One » (Quadrant solaire). Le premier tome de la série, « Journal infime » avait été justement récompensé du Prix jeunesse des 9-12 ans au Salon international de la bande dessinée d’Angoulême en 2005. Ce « Cimetière des autobus » démontre, un an après « Mortebouse », qu’il ne s’agit en rien d’un feu de paille mais bien d’une série avec laquelle il faut compter.
Lou franchit de nouvelles étapes, perdant ses repères dans une vie qu’elle pensait normalement cadrée : sa mère vit intensément ses nouvelles amours et le succès de son premier livre, elle-même doute de ses amours et se voit séparée de sa copine Mina au collège… Pour couronner le tout, l’immeuble qu’elle passait son temps à observer pour tenter d’apercevoir le garçon dont elle s’était entiché est détruit pour laisser place à un espace de stockage pour véhicules municipaux, le fameux cimetière des autobus. Lou perd pied, va droit au devant de la crise d’adolescence. Julien Neel amène son propos avec ce mélange de douceur, d’humour et de pertinence qui est la marque de fabrique de la série. S’il ne modifie pas ses partis pris graphiques - un album structuré planche par planche, un encrage en couleurs qui adoucit les contours - il intègre des personnages typés, qui échappent petit à petit à la simple caricature. Marie-Emilie, gothique pleine aux as, et K-Rine, rappeuse en crise, viennent aérer l’univers de Lou et lui servent de passerelle vers un nouvel univers. Bref, un titre mignon tout plein, mais sans excès de guimauve. Que du bonheur.
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