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Dessinateur de la marge

David Prudhomme : « Dessiner ne bride pas l'imaginaire. J'avais la volonté d'utiliser tous les langages que je connais » (Photo Laurent Theillet)


BORDEAUX. Son dernier album, « La Marie en plastique », a été primé lors du Festival d’Angoulême par l’un des cinq Essentiels. Cette BD, dont le scénario est de Pascal Rabaté, est dessinée par David Prudhomme, qui vit et travaille à Bordeaux depuis quatorze ans

David Prudhomme est un contemplatif. Qui parle tout doucement et observe beaucoup. Son rapport au monde passe par le crayon, et toute son Å“uvre, particulièrement éclectique pour un artiste de bande dessinée, se fait le reflet d’un talent aussi sûr qu’original. L’attribution d’un prix Essentiel à Angoulême vient confirmer ce que beaucoup de ses confrères savaient depuis longtemps, le considérant comme l’un des meilleurs dessinateurs de sa génération.
  
Qu’il dessine les six tomes de « Ninon secrète » sur le scénario de Cothias, qu’il adapte le roman de Brassens « La Tour des miracles », illustre le texte de Christophe Dabitch dans « Voyages aux pays des Serbes » ou un écrit fondateur de la langue française comme « La Farce de Maître Pathelin », David Prudhomme traverse les styles, sublime la réalité, devine les personnages et révèle leur personnalité en quelques traits.
  
« Un pas de côté ». « Par essence, en tant que dessinateur, je me suis toujours senti à un pas de côté. J’ai forcément un autre rapport au monde, avec un angle de vue décalé, qui dévoile le jeu des uns et des autres. J’ai une culture autodidacte, et une attirance pour les personnages à la marge de la société, sans misérabilisme. À travers des sujets comme Pathelin, Brassens et son côté anarchiste, Villon ou les personnages de “Port Nawak” (Vents d’Ouest), l’histoire de deux mecs incapables de faire face à une situation qui les dépasse, ce qui m’intéresse, ce sont les visages amochés, les petites gueules cassées de la société. J’adore les détails de la vie, les à-côtés qu’on snobe, je trouve que ça en fait le sel. »

  
À 17 ans, il gagne déjà sa vie avec la BD, et un journaliste attentif, qui a remarqué son talent, lui présente ses maîtres : MÅ“bius, Juillard, Liberatore… Après avoir tenté de trouver un métier « normal » et suivi des études en pharmacie et biologie, où, pendant les cours, il dessinait des truies pour faire rire les filles, David Prudhomme est finalement revenu à ce qui l’animait, la bande dessinée. Et c’est à l’école d’An-goulême qu’il a rencontré son clan, quelques copains, faux di-lettantes, comme lui, fondateurs du groupe de rock Les Potes Bolognaises (petites chroniques du quotidien, déjà) et artistes qui travaillaient sérieusement sans se prendre au sérieux.

  
« Ne rien abandonner ». « Dessiner ne bride pas l’imaginaire, c’est le vieux débat, et j’avais la volonté de ne rien abandonner, d’utiliser tous les langages que je connais. » Car, comme tout autodidacte, le dessinateur a une vaste culture et maîtrise les formes classiques comme les formes grotesques. Il s’amuse à décliner les styles, s’inspire de la réalité et développe une vraie force comique. La rencontre avec Pascal Rabaté a confirmé ce goût pour les gens que d’aucuns méprisent, cette capacité à conserver le rêve dans des situations plutôt banales.


BD de proximité. « Nous avons dix ans d’écart avec Pascal, ra-conte-t-il, et, dès l’âge de 20 ans, je connaissais son existence et son travail. Inconsciemment, je savais qu’on s’entendrait bien. C’est une sorte de Philippe Katerine avant l’heure. J’aime son écriture, rageuse et tendre, sa capacité à rendre drôles des situations qui pourraient sinon avoir un effet miroir pas terrible. ”La Marie en plastique” est un condensé des rapports humains, et nous avons repris, à travers trois générations de personnages d’une même famille, les vieux schémas familiaux qui ont une résonance dans les années 70, avec les communistes contre les cathos. Il faut les imaginer dans les années 50, à l’époque du communisme triomphant. Là, le grand-père pouvait fanfaronner. Et puis ils se sont pris un gros coup sur la cafetière en 1989… Je fais ce qu’on pourrait appeler de la bande dessinée de proximité. »
    
Ce que recherche avant tout David Prudhomme, c’est la complicité du lecteur, traverser plein de petites choses sans effet de loupe. Perfectionniste, il se voit comme un sismographe qui sans cesse règle son dessin sur l’échelle de réactions provoquées par le scénario.
Ses projets ? Un album sur le rébétiko, sorte de blues grec né dans les années 20 et joué dans des lieux où se retrouvaient les marginaux, les fumeurs de haschich.

Article de Céline Musseau

Lire également la chronique de la Rédaction, “La Marie en plastique”, tome 1
 - tome 2.

5 février 2008 - 1 commentaire
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« La Marie en plastique », seconde partie, de Pascal Rabaté et David Prudhomme. Futuropolis.

La Marie en plastiquePrenez un édifice à l’équilibre précaire – une famille dont trois générations vivent sous le même toit, une rareté de nos jours – et soumettez là un événement imprévu, inexplicable, déstabilisant, à même de bousculer les certitudes et de redistribuer les cartes dans un jeu qui semblait immuable. Que peut-il se passer ? Rabaté et Prudhomme offrent leur réponse avec ce second volume de « Marie en plastique », chronique mitonnée par deux grands observateurs de la vie de quartier, histoires de riverains et chamailleries de voisins. De ces vies qui se déroulent dans l’indifférence générale, superbement ignorées du 20 Heures et des magazines « people »…

  

Le premier récit permettait aux deux complices de brosser le portrait familial dans son fonctionnement rituel, petites habitudes et coups de sangs, renoncements d’un soir, réflexions en coin et bonnes volontés en berne. Rien de méchant, juste le quotidien d’une famille lambda dont les différentes composantes tentent bon gré mal gré de vivre ensemble. Jusqu’à la petite révolte d’une petite grand-mère, qui décide un jour de ramener de Lourdes une statuette représentant la Vierge et de la poser sur la télé pour faire la nique à son mari, militant communiste aussi anticlérical qu’autoritaire. Et la Marie en plastique de pleurer des larmes de sang… Dans ce second volet, les narrateurs renversent le point de vue, étudient en ethnologues rigolards les conséquences de ce petit miracle sur la cellule familiale, son existence réglée comme du papier à musique se voyant mise à mal par une notoriété aussi subite qu’inattendue et, pour tout dire, inopportune. Pascal Rabaté raconte sans juger, porte un regard tendre et optimiste sur ses personnages tout en s’offrant quelques moments d’anthologie – les analyses, l’équipe de foot, l’accident du grand-père – et conclut l’album par un pied de nez de première classe. Le dessinateur bordelais David Prudhomme est au diapason, s’appropriant la petite musique de l’auteur des « Petits Ruisseaux » et d’« Ibicus », la traduisant en images de son trait sobre et sensible, avec une prédilection pour l’expressivité et l’émotion. Un album fin et souriant.

 

Chronique de Philippe Belhache

 

26 juin 2007 - Aucun commentaire
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« La Marie en plastique », tome 1, de Prudhomme et Rabaté. Futuropolis.

« J’avais envie de voir comment peuvent évoluer les relations entre les membres d’une même famille, réunis sous le même toit » David Prudhomme confiait déjà vouloir explorer ce thème ancestral au sein du collectif « Japon » coordonné par Frédéric Boilet (Casterman). Faute d’avoir trouvé la bonne famille dans le laps de temps qui lui était imparti, il s’est laissé aller par défaut à une errance onirique. Le scénario de Pascal Rabaté, son complice sur « Petit Paul » (Charrette) ne pouvait dès lors que le séduire. Le thème de « La Marie en plastique » ? La vie de famille, justement, dont le bon déroulement tient à des équilibres parfois délicats, édifice fragile livrés aux coups de boutoir de l’égoïsme et des paroles irréfléchies.

Rabaté, orfèvre des petits riens, met en scène une de ces familles types, modelées sur le modèle ouvrier, mettant en présence trois générations qui n’ont plus suffisamment en commun pour réellement s’entendre. Les discussions orageuses entre le grand-père « Rouge » et son épouse confite dans le Seigneur atteignent leur point d’orgue. Cette dernière choisit de se révolter - à son échelle - en disposant sur la télévision familiale un souvenir de son pèlerinage à Lourdes, la fameuse Marie en plastique. Le ton monte au fil des petits et gros mots, grandes colères et petites lâchetés quotidiennes que Rabaté sait saisir comme personne. Les dialogues ciselés, frappés au coin du quotidien, esquissent les contours d’une réalité connue de chacun de nous, nichée quelque part dans un repli de la famille. Ce quotidien, David Prudhomme se l’approprie pleinement, adaptant son trait épuré à cette fiction contemporaine sensible. Il croque des trognes d’hommes de la rue, icônes de zinc et voisins fantasmés, avec un naturel et une économie de moyens que beaucoup peuvent lui envier. « La Marie » le confirme, si besoin était, parmi les dessinateurs les plus intéressants du moment.

Chronique de Philippe Belhache

5 octobre 2006 - Aucun commentaire
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En audio : David Prudhomme

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Dessinateur de la série « Ninon secrète » (Glénat), de « Port Nawak » (Vents d’Ouest), de « Voyage au pays des Serbes, dix ans après » (Autrement) et de « La Tour des miracles », d’après Brassens (Delcourt), lauréat du prix de l’École supérieure de l’Image d’Angoulême - dont il est un ancien étudiant - en janvier 2004, David Prudhomme est un dessinateur doué et original. Il vit et travaille à Bordeaux. Son actualité ? Evoquons le tome 2 de « L’oisiveraie », publié par Loïc Dauvillier (éd. Charrette) sous label Le Rideau d’Arbre, « La farce de Maître Pathelin » aux éditions de l’An 2 et une participation au collectif « Japon » édité par Casterman. Il travaille aujourd’hui sur un diptyque écrit pour lui par Pascal Rabaté, « La Marie en plastique » (Futuropolis), dont le premier tome est attendu dans les bacs dans quelques jours à peine.


1. Quel a été votre parcours ? Comment êtes-vous venu à ce média particulier ?


Ecoutez la réponse en audio!

2. Le cycle de « Ninon Secrète » (scénario Cothias, Glénat) est aujourd’hui terminé. Vous n’êtes pas tenté de revenir dans le système des séries ?


Ecoutez la réponse en audio!

3. L’expérimentation définit votre oeuvre. La recherche reste prépondérante dans votre approche graphique ?


Ecoutez la réponse en audio!

4. Parlez-nous du deuxième tome de l’Oisiveraie (éd Le Rideau d’Arbres - Charrette).


Ecoutez la réponse en audio!

5. Vous avez signé une adaptation de « La Farce de Maître Pathelin » aux éditions de l’An 2. C’est un texte qu’on ne s’attend pas vous voir adapter. Pouvoir l’avoir choisi ?


Ecoutez la réponse en audio!

6. Vous travaillez en atelier avec d’autres auteurs, avec lesquels vous avez participé à la revue collective « La Lunette » ? Qui sont ces auteurs ? Qu’est-ce que cela apporte à votre travail ?


Ecoutez la réponse en audio!

7. Vous avez participé au collectif « Japon » initié par Frédéric Boilet (édité en collection Ecriture chez Casterman). Cela fait partie de la même volonté d’expérimentation, ce besoin de chercher de nouvelles voies de narration ?


Ecoutez la réponse en audio!

8. Vous travaillez actuellement sur une histoire en deux volumes, dont le scénario est signé par Pascal Rabaté (« Ibicus » pour Vents d’Ouest, « Les petits ruisseaux » chez Futuropolis). Le premier tome de « La Marie en plastique » est à paraître ce mois de septembre aux éditions Futuropolis. Peut-on on dire plus ?


Ecoutez la réponse en audio!

7 septembre 2006 - Aucun commentaire
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« La farce de Maître Pathelin », par David Prudhomme.

De nombreux auteurs travaillent sur les analogies entre cinéma et bande dessinée, tant pour le récit que dans la mise en scène. D’autres pensent théâtre. David Prudhomme est de ceux là. Mais loin d‘une mise en image minimaliste du texte, à l‘instar du travail pédagogique réalisé par Simon Léturgie sur la collection Commedia (Vents d‘Ouest), Prudhomme entend voir le trait s‘emparer du théâtre, se l‘approprier, capter une part de son âme. Le dessinateur bordelais a ainsi jeté son dévolu sur « La farce maître Pathelin », texte anonyme mais inspiré daté des alentours des années 1470. Une pièce traditionnelle du répertoire qu’il choisit d’adapter par le biais de la bande dessinée animalière. Le résultat est succulent.

Le trait de Prudhomme s’exprime pleinement dans une mise en scène dépouillée, exploitant un format carré sur un gaufrier sobre à quatre cases, animé de temps à autre par un montage en trois colonnes ou deux registres. La bichromie offre une tonalité particulière à cette farce qui ne parle que de tromperie et de flatterie. La mise en scène joue des postures et des visages, amplifie le mouvement, avant d’embrasser pleinement la scène… La commedia dell’arte n’est jamais bien loin. Prudhomme explore à sa manière l’iconographie médiévale, se jouant de ses superpositions, des atermoiements d’une perspective qui n’a pas encore intégré les acquis de la Renaissance. Et se fait plaisir ponctuellement en introduisant quelques références savoureuses bien qu’anachroniques, telle l’allusion à la fable de La Fontaine « Le corbeau et le renard ». L’album est un peu cher dans l’absolu (25 euros), mais la réalisation est soignée, pour un déroulé atteignant les 124 pages. Un investissement sur la qualité.

« La farce de Maître Pathelin », par David Prudhomme. Éditions l’an 2.

7 avril 2006 - Aucun commentaire
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