logo

« Moi, Jolan », Thorgal 30, par Grzegorz Rosinski et Yves Sente. Le Lombard.

thorgal30.jpgRespect et prudence. Ces deux sentiments semblent avoir guidé Yves Sente dans sa reprise en main de « Thorgal », série créée il y a trente ans par Jean Van Hamme et Grzegorz Rosinski. Van Hamme a bouclé avec « Le sacrifice » l’essentiel de la saga, ouvrant délibérément la porte à une exploitation plus poussée du personnage de Jolan, fils du héros-titre. Que pouvait en faire son successeur désigné ? Ceux qui attendaient la révolution en seront pour leurs frais. Les autres se régaleront à juste titre. Sente s’est appliqué à prendre en main les personnages, distillant ses choix personnels au fil d’un récit solide, profondément ancré dans la mythologie thorgalienne.
  
L’auteur conserve de fait le même ton, soumettant Jolan au classique parcours d’épreuves, auquel Van Hamme a maintes fois eu recours par le passé. Le parallèle est d’autant plus flagrant que le jeune homme ne fait à aucun moment appel à ses facultés particulières – s’identifiant à son père par son habileté au tir à l’arc – même placé face à la concurrence active d’autres compétiteurs. « Les trois vieillards du Pays d’Aran » ne sont pas loin, l’imaginaire du jeu de rôles non plus. Où trouver dès lors la « touche » Sente ? Dans la définition des membres de la troupe d’adolescents sans doute – Jolan en tête – moins monolithiques qu’il n’y paraît même si certains ne sont qu’en devenir. Dans l’ambiguïté de Manthor, plus certainement. Le second volet de « La vengeance du Comte Skarbek » a révélé le goût de ce scénariste plus roué qu’il ne le laisse paraître pour le renversement de perspective. Sa réécriture de l’histoire des Valnor, à ce titre exemplaire, donne tout son sel à cette reprise. Le graphisme aux couleurs somptueuses de Grzegorz Rosinski lui apporte par ailleurs légitimité et crédibilité, consacrant ce passage de témoin délicat au vu des enjeux artistiques et économiques. « Thorgal », rappelle le dossier de presse, est un « poids lourd » du Lombard : un tirage de 300 000 exemplaires à la nouveauté, 600 000 albums vendus par an. Ça en fait, du monde à ne pas décevoir.
  
48 pages, 9,80 euros

  
Chronique de Philippe Belhache
  

8 octobre 2007 - Aucun commentaire
Classé dans : Chroniques Tags: , , ,

« Le sacrifice », Thorgal 29, par Rosinski et Van Hamme. Le Lombard.

 

Un nouveau Thorgal ? Certes, mais pas n’importe lequel. Ce nouveau titre est le dernier réalisé par Jean Van Hamme. Ce scénariste surdoué a décidé de mettre un terme à sa participation après trente ans de complicité avec Grzegorz Rosinski, et de passer la main à  Yves Sente. Une mise en semi-retraite - le mot existe-t-il seulement pour lui ? - pour le créateur de quelques-unes des séries les plus rentables du moment. « Je préfère m’arrêter avant le scénario de trop », explique-t-il dans le dossier de presse. La préoccupation est louable, d’autant que ce reproche lui a parfois été fait, spécialement pour « XIII ». Van Hamme a tout de même réussi un tour de force, celui de faire de Thorgal une véritable saga et une référence du genre, en y intégrant mythologie nordique et space opéra, onirisme et pisto-lasers. Et de lui donner une belle cohérence là où d’autres ont tout simplement sombré dans le ridicule.

  

Van Hamme tire donc sa révérence. Et que sa sortie est belle ! Non que « Le sacrifice » se démarque à proprement parler des autres tomes de la série. Il est même exemplaire de fidélité à la mythologie du titre, bien plus que « Kriss de Valnor », album plus adulte, âpre et surprenant de brutalité. Mais il est admirable de maîtrise dans sa volonté de boucler le cycle en laissant le jeu pleinement ouvert pour son successeur. Il fait malgré tout porter l’avenir de la série sur les épaules du fils de Thorgal, Jolan, qu’il place aux côtés d’un mystérieux mentor à la dégaine de Victor von Doom, opportunément baptisé Manthor. Et Rosinski dans tout ça ? Toujours présent. L’artiste prend visiblement plaisir à retrouver l’univers « thorgalien », ses mondes parallèles et ses chausses-trappes, ses monstres (vilains) et ses femmes (superbes). Et à travailler sa copie en couleurs directes : Rosinski a intégré à sa série fétiche les expérimentations menées sur le magnifique « La vengeance du comte Skarbek » (Dargaud). Le résultat est à l’avenant. Cela valait l’attente.  

Chronique de Philippe Belhache

 

22 novembre 2006 - Aucun commentaire
Classé dans : Chroniques Tags: , ,
Fermer
Envoyer à l'email