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« La version irlandaise » et « Le dernier round », XIII tomes 18 et 19, par Jean Van Hamme, Jean Giraud et William Vance. Dargaud.

Deux albums pour la clôture d’une série aussi populaire que « XIII », voilà qui fleure bon le coup éditorial mâtiné de marketing, d’autant que le personnage pourrait bien connaître de nouvelles aventures sous la plume d’un nouveau scénariste. Mais soit. Van Hamme fait ce qu’il a à faire et toute nouvelle expérience d’un dessinateur tel que Jean Giraud (alias Mœbius) est bonne à prendre. Résultat des courses ? Deux tomes qui malgré leur numérotation peuvent être lu dans le sens que l’on souhaite, chacun d’eux apportant la même révélation – l’identité de XIII – tout en conservant sa fonction propre. Et qui rappellent si besoin était – et quelles que soient les préventions que l’on peut avoir sur sa production – que Jean Van Hamme est un scénariste aguerri, grand feuilletoniste tout autant qu’auteur populaire. 
  

xiii-18.jpg« La version irlandaise » se révèle un album en premier abord bavard et un rien frustrant. Bavard car Van Hamme, dans sa volonté de fouiller le passé de Brian Kelly, prend le temps de poser un large pan de l’histoire de la révolution irlandaise, jusqu’à rédiger une page de garde précisant un certain nombre de repères. Frustrant car la majeure partie n’a qu’un très lointain rapport avec XIII et sa légende, cette histoire indépendante n’ayant pour seul  but que de nous amener à la fameuse confrontation entre l’intéressé et Jason Mac Lane. Reste que l’ensemble se tient, les ultimes pages éclairant malgré tout – même s’il les a oubliées – les motivations de celui qui va devenir le numéro XIII, moyennant une opération de chirurgie esthétique. Et le rôle inattendu de Jessica « Diane » Martin dans cet imbroglio. Jean Giraud réalise sur ce texte un travail haut de gamme, malgré une composition d’un grand classicisme. Pour ce qui reste l’une de ses très rares incursions dans un univers contemporain, ce très grand graphiste met toute son expérience – acquise tant sur « Blueberry » que sur ses Å“uvres de science fiction – au service d’une histoire dont il excelle à faire ressortir les moments de tension, échappant ainsi au piège d’un long monologue. Au final, cet album inattendu se révèle comme une plus-value pour la série.
    

xiii-19.jpgPeut-on en dire autant de « Le dernier round », dont le titre sonne comme « La dernière carte », conclusion des (més)aventures de… « Blueberry » telle que conçue en son temps par Jean-Michel Charlier ? Van Hamme convoque ici les grandes figures de la série, en fait sortir certaines de l’échiquier, lève les derniers faux-semblants et boucle la boucle avec la rigueur narrative que ses fidèles lui connaissent. L’homme avoue y avoir particulièrement veillé : « XIII est la seule série que je relis régulièrement pour être sûr de ne pas écrire de bêtises… » Le résultat ? Ni plus, ni moins que ce que l’on était en droit d’attendre de Van Hamme, sans révolution par rapport à la ligne de la série, non plus que de réel coup d’éclat narratif hors la part prise par Jessica Martin. L’auteur semble même s’en tenir à une certaine distance, faite de clins d’œil et d’ironie tranquille : une réutilisation de couvertures d’albums pour les ouvrages de Finkelstein, un XIII presque spectateur alors même qu’amis et ennemis s’entretuent à tour de bras, un retour au point zéro dans la maison des Smith… Il met fin à l’énigme avec un savoir-faire empreint de classicisme, épaulé par un Vance qui remplit le cahier des charges malgré quelques ellipses et raideurs dans les scènes d’action. Bref, il solde les comptes et ferme la boutique. Il était certainement temps, vingt quatre ans après le début de la série et un certain d’albums moins utiles que d’autres. L’homme avouait volontiers avoir raté le train du téléphone portable dans la mise en scène de son thriller (il s’en amuse dans la « Version irlandaise »), il valait mieux en finir avant qu’il devienne trop évident qu’il a également laissé passer celui de la génétique… Van Hamme tourne donc tourne la page « XIII ». Mais en scénariste roué, tout comme le fit sur « Thorgal », il laisse en circulation nombre de personnages suffisamment forts pour que la série puisse renaître sans trop d’efforts. En grand seigneur.
  
Pour chaque tome : 48 pages, 10,40 euros.

  

Chronique de Philippe Belhache

  

16 novembre 2007 - Aucun commentaire
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Deux « XIII » très attendus

L’amnésique le plus célèbre de la planète BD connaît aujourd’hui sa véritable identité. La saga « XIII » arrive à son terme avec la parution simultanée de deux albums événements

: Philippe Belhache


Jean Van Hamme goûte le moment à sa juste valeur. Confortablement installé dans les salons parisiens de l’hôtel Raphaël, l’auteur courtisé de quelques-unes des séries les plus rentables du moment (1) reçoit la presse pour présenter les deux derniers volumes de sa série phare, « XIII », thriller d’espionnage au poids éditorial des plus conséquents avec dix millions d’albums vendus dans sa version francophone.
L’événement est de taille : une mise en place de 500 000 exemplaires pour chacun des deux titres à paraître aujourd’hui même, « Le Dernier Round », réalisé avec le créateur graphique de la série, William Vance, et « La Version irlandaise », confié à une légende vivante de la bande dessinée franco-belge, Jean Giraud. Deux albums pour boucler la boucle. Et permettre à l’amnésique le plus célèbre de la bande dessinée de connaître enfin sa véritable identité. 
  
sans-titre-1.jpgVan Hamme - ici à gauche aux côtés de Vance et Giraud - fait une nouvelle fois la preuve de son savoir-faire consommé, clôturant l’intrigue avec cette logique implacable qui caractérise ce maître du feuilleton. Enfin ! diront certains. L’homme a souvent été accusé par la critique de tirer sur la corde. Le premier cycle des aventures de XIII, qui se découvrait dans la peau de l’assassin d’un président des Etats-Unis, était un sommet du thriller. Le deuxième, plus intime, le voyait rechercher ses origines dans l’Amérique profonde, sur fond d’activisme du KKK. La suite s’est un peu perdue entre course au trésor, guérilla sud-américaine ou chasse à l’homme à la mode du comte Zaroff. Il le reconnaît à demi-mot. « J’ai mis en place des intrigues secondaires qu’il fallait boucler. Quitte à m’éloigner un temps de l’intrigue principale.»

Inspiré de Robert Ludlum. Van Hamme tourne aujourd’hui la page, tout comme il a tourné il y a quelques mois celle de « Thorgal ». Ironie du sort, il boucle le cycle quelques semaines après la sortie sur grand écran du troisième volet des aventures de Jason Bourne. A l’époque où « La Mémoire dans la peau » n’était encore qu’un phénomène littéraire signé Robert Ludlum, le scénariste belge lui avait emprunté son pitch, redoutablement efficace : un homme blessé par balle, devenu amnésique, se révèle être un tueur surentraîné aux réflexes intacts. Les lignes narratives ont très rapidement divergé, l’affaire en est restée là. D’autant que pour beaucoup, les bédéphiles sont venus à « XIII » par William Vance, pour y retrouver l’univers graphique de Bruno Brazil. Déjà une série d’espionnage, celle-ci créée par Greg (2). Vance avoue volontiers qu’il lui cherchait alors un successeur.
    
Que vient faire Jean Giraud / Moebius dans une telle aventure ? « Quand on vous propose une collaboration sur une série populaire telle que “XIII”, on réfléchit à deux fois avant de la repousser », aime à répondre le bonhomme. De coup éditorial, l’idée est passée rapidement au stade de projet artistique, le dessinateur de « Blueberry » n’ayant que peu abordé ce genre d’univers. « La Version irlandaise » est un complément au « Dernier round », une plongée dans le passé des personnages, approche complémentaire de cette série culte. « Une très belle cerise sur le gâteau », sourit Van Hamme.

Stephen Dorff incarne XIII. Est-ce réellement la fin de XIII ? Jean Van Hamme a fermé la boutique des souvenirs cachés, mais la franchise reste porteuse. Elle a d’ores et déjà donné naissance à un jeu vidéo, à des cartes à gratter de la Française des jeux, à de multiples produits dérivés. Elle fait l’objet d’une adaptation télévisuelle sous forme de deux films de quatre-vingt-dix minutes chacun. Avec le comédien américain Stephen Dorff dans le rôle-titre et Val Kilmer annoncé dans la peau de la Mangouste. Et pour la bande dessinée ? Le contrat liant Jean Van Hamme à William Vance stipule que le dessinateur peut choisir de poursuivre la série avec un autre scénariste. « Pour l’heure, je me mets en vacances, sourit l’intéressé. Après, on verra. » Rien n’est dit, mais tout reste possible. »
  
(1) Il a également créé « Thorgal » et « Largo Winch » adaptation d’une série de romans écrits par lui dans les années 70 , deux grands succès de librairie. Il est également l’un des repreneurs du classique « Blake et Mortimer ». (2) Vance fut aussi, durant quelques années, dessinateur attitré des aventures de Bob Morane

13 novembre 2007 - Aucun commentaire
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