Et si « Le tombeau des Champignac » était le plus subversif des Spirou & Fantasio écrit à ce jour ? Mais aussi le plus schizophrène ? Ce troisième « one shot » de la série parallèle « Une aventure de Spirou et Fantasio par… », confié au duo Yann et Tarrin, semble de fait écartelé entre deux extrêmes, l’hommage béat à l’œuvre d’André Franquin d’une part, le pilonnage en règle des codes narratifs de la série de l’autre.
Les deux hommes ont de fait pris le parti de se placer dans une ligne graphique « vintage », truffant l’album de références à l’âge d’or de la série : retour en grâce de la Turbotraction 1, réutilisation de la Zorglonde et de la Zorglumobile, des sérums X… Jusqu’au costume pyjama-bottes de Fantasio qui évoque les meilleures pages de « QRN sur Bretzelburg » ! Mais ils semblent par ailleurs trouver un malin plaisir à exacerber la personnalité des personnages secondaires. Fantasio se voit réhabilité – voire même surexploité – dans son rôle de faire-valoir maladroit d’un Spirou aux abonnés absents, aux côtés d’un comte de Champignac transmuté en savant fou pour le moins irresponsable, à la limite de la démence sénile, qui s’injecte du X4 comme d’autres se font des fixes. Et il y a Seccotine, azimutée du reportage transformée en bombe aguicheuse bien décidé à tourmenter la libido des deux personnages titres. Une sous intrigue qui prend souvent le pas – parfois même lourdement – sur la ligne narrative principale, la jeune femme draguant Fantasio avant de jeter son dévolu sur Spirou. Jusqu’où est allé Yann ? On est tenté de penser qu’entre autres animaux mythiques, l’homme a dissimulé dans ses pages un loup qu’au moins deux personnages ont bien pu entrevoir… Rien n’est dit, tout est suggéré. Mais pour peu qu’on ait l’esprit mal placé – comme votre serviteur – se profile une autre interprétation aux propos ambigus de Seccotine, à une main que l’on pourrait juger baladeuse, à une expression d’effroi de Fantasio sans grande justification… Voire même au gag de la tombe de madame Dupilon. Non ? Si. Rhôôôôôô (1)…
L’intrigue est elle-même bipartite. Elle balance entre une histoire de famille développée dans un décor de ruines – une bonne partie du château a fait les frais des maladresses du comte, ambiance d’apocalypse sur Cambrousse avec caveau moisi à la clef – et une énigme à résoudre au Népal. Yann a suffisamment de savoir-faire pour réunir les deux en un tout souvent échevelé mais cohérent. Reste que les gamineries des personnages secondaires tendent à en brouiller la lecture. De même que le graphisme de Tarrin. Non que le créateur graphique de « Violine » démérite sur « Spirou », loin s’en faut, d’autant qu’il a le bon goût de ne pas sacrifier son style sur l’autel érigé à Franquin. Mais trop d’hommages tue l’hommage. L’abus de références contraint fatalement à la comparaison. Et Tarrin en souffre, lui qui privilégie le mouvement et l’action, là où son illustre prédécesseur s’affirmait par une extrême précision. En résumé ? « Le tombeau des Champignac » est un album délirant mais déroutant. Et paradoxalement moins abouti que ceux réalisés par le duo Yoann & Vehlmann ou même Frank Le Gall, alors même que ces derniers sont bien loin de s’être imposés les mêmes contraintes.
(1) Copyright Raoul Cauvin.
64 pages, 13 euros.
Chronique de Philippe Belhache
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C’est dans la nature et on y peut rien: Berthet et Yann ont transformé le second tome de Poison Ivy en ce qui pourrait être un hors série de « Pin Up ». C’est fâcheux puisque le premier volume avait une toute autre envergure dans les marais du bayou américain.
Question: est-ce un auto pastiche ou faut-il feuilleter ce livre au deuxième, voire au troisième degré? Car les tueuses déguisées en nonnes et qui s’infiltrent dans les lignes nippones ont quelques répliques qui laissent le cul par terre vu le QI aligné. Exemples: « Arc-bouté aux commandes, tel un taurillon furieux, le jeune Adonis rouquin arracha le cercueil volant à l’emprise de la glèbe qui regarda sa proie s’éloigner, comme à regret… » ou encore «Soudain, tel un Damoclès ailé, l’appareil de Tinzi fondit sur le misérable zéro plus brutalement encore qu’un esquimau glacé posé sur une radiateur brûlant ».
Ajoutons dans ce récit donc l’objectif est de bombarder au mieux l’ennemi, d’étranges moustiques qui se prennent pour des frelons transgéniques et un brin de vaudou. Autre quête en cours, régler quelque comptes à des espions infiltrés: on ne s’ennuie pas même si le scénario n’est pas crédible, mais dans le genre je choisirai plutôt un vieux de la vielle comme ces coquineries de la trempe de cette bonne vieille Sally Forth.
48 pages, 9,80 euros.
Chronique de Jean-Marc Lernould
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Après l’arrêt de « Yoni » au bout de deux tomes, chez Dupuis, Berthet et Yann ne voulaient pas rester sur un échec, aussi bien commercial qu’artistique. Les deux compères ont relancé un personnage de comic strip de leur série phare, Poison Ivy était déjà l’héroïne du T2 de « Pin-Up ». Le duo d’auteurs s’est pris d’affection pour une jeune sauvageonne pas plus sexy qu’un crapaud-buffle, nommée Swampy dont le destin va bouleverser l’équilibre du monde lorsqu’elle sera recrutée de force par les services secrets américains pour servir dans les Women on War et ainsi devenir Poison Ivy. « L’héroïne possède un super pouvoir, elle tue par un baiser. aconté comme ça, c’est un peu tarte, mais il faut le lire », dit Yann. Après lecture du premier tome, sorti le 6 octobre chez Dargaud, l’impression est mitigée. Le dessin réaliste et clair de Berthet - plus léger toutefois que dans ses autres séries, moins rigoureux en tout cas, c’est voulu - n’est pas en cause, ni l’ambiance générale du cadre, car la Louisiane de la fin des années 30 est bien restituée avec ses ambiances marécageuses et ses dialogues en cajun. Ce tome d’introduction, truffé de petits délires parodiques (hello Buck Danny !) et de clins d’oeils caustiques se lit vite, sur un ton léger, comme cette série destinée à la jeunesse, un « nouveau public » que visent ouvertement les deux complices.
Chronique de Christophe Berliocchi
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La force principale de Yann ? Incontestablement l’humour, allié à une solide maîtrise des codes de narration classiques, même lorsque le propos tend à prendre des formes plus « sérieuses ». Cet humour souvent ravageur manquait singulièrement à son récent « Narvalo » (Dargaud). Il affleure de nouveau, pour le meilleur, dans « Tiffany », nouvelle série policière qui marque l’entrée de l’ex-enfant terrible du journal de Spirou dans le catalogue grand public de Delcourt. Le pitch relève en lui-même de la performance : l’héroïne, maître d’arme de profession, est une descendante du frère de Jeanne d’Arc - laquelle, rappelons-le, était pucelle - qui faute d’entendre des voix, perçoit les pensées de son entourage… Sauf apparemment lorsqu’elle est amoureuse. Cette jolie jeune femme qui pratique la télépathie comme Benoît Brisefer le culturisme va se voir contrainte de reprendre les affaires de son frère détective privé et enquêter dans son ancien château de famille.
Le résultat est léger comme une bulle de champagne vénéneux. Sur un fond classique mais dune grande maîtrise, Yann construit touche par touche le nouvel univers de Tiffany, qu’il entoure d’une série de personnages hauts en couleurs, de l’aristo nonagénaire au lieutenant Collaro, en passant par les assistants du frangin. Les dialogues participent pleinement au charme de la série, véritables joutes verbales à fleuret à peine moucheté. Yann manie saillies et calembours avec bonheur, sans lourdeurs excessives, tout en glissant au passage quelques unes de ses références, d’Audiard aux « polardeux » de tout poil, en passant par Maurice Tillieux et indirectement le modèle « Gil Jourdan ».
Question charme, Herval passe la seconde couche. Ce graphiste rompu à la pub accompagne le texte de Yann d’une ligne aussi légère qu’assurée. Le bonhomme, connu pour avoir commis il y a quelques années de « Drôles de Pin Ups » chez Bamboo - haaa, le calendrier 2005 de l’éditeur ! -, gère avec succès son passage au récit réaliste. Herval a conservé de ses précédentes productions une palette de couleurs pastels qui contribue encore à alléger lensemble. Il contribue pleinement à faire de cet « Escrime et châtiment » un album de présentation élégant, référencé et racé.
Chronique de Philippe Belhache
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Basil et Victoria, le retour. Dix ans après « Zanzibar », Yann et Edith redonnent vie à cette série justement primée à Angoulême en 1993. Les deux gosses des rues de Whitechapel font naufrage et échouent avec leur chien Cromwell sur une île seulement peuplée de femmes, de macareux et accessoirement d’un renard. Yann met tout son petit monde en situation pour une chasse au trésor linéaire mais savoureuse, qui met en valeur les caractères bien trempés de ses personnages-titres, le débrouillard au grand coeur et la petite teigneuse aux rêves impériaux, aussi forts en gueule lun que lautre.
Et au milieu d’eux la petite Pearl, enfant mystérieuse, fragile et curieusement invulnérable. Le récit conserve une ligne exigeante, faux conte pour enfant noir et déluré, émaillé de références aux classiques du récit de pirates. Et de clins d’oeil de bédéphile, pour ne citer qu’Avril Mac Dalton et ses trois soeurs, ou même le capitaine du Karaboudjan. Graphiquement, Edith tient la même ligne. Cette graphiste de talent assombrit sa palette, jouant d’une esthétique dédiée à la littérature jeunesse sans pour autant perdre le lecteur dit adulte en route. Basil et Victoria reviennent donc jouer dans la cour des grands. Mais dix ans dattente, que c’est long…
« Pearl », Basil et Victoria 4, d’Edith et Yann, Les Humanoïdes Associés, collection Les Trois Masques.
Chronique de Philippe Belhache
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